[typescript letterhead from Ve Armée État Major, 2è Bureau (SR), secteur postal 5]
No. 3255 S.G.
Au sujet: Agents provocateurs. Surveillance des cantonnements et dans les trains permissionnaires
10 Juillet 1917
Rapport d'ensemble sur les constatations faites par le Service de Sûreté de l'Armée au cours des surveillances exercées dans les cantonnements et les trains de permissionnaires pendant le mois de Juin 1917.
Le mois de Mai a été relativement calme.
L'effervescence parmi les troupes, s'est produite du jour au lendemain sans symptômes précurseurs (1er et 2 Juin mutineries des 23e et 133e Régt. d'Inf, au camp sud de Ville-en-Tardenois, DD.14, le 6 Juin, même localité).
À partir du 1er Juin, une lassitude générale, un état d'esprit mauvais et un besoin urgent de pais se sont manifestés dans la plupart des corps d'infanterie. Dans les autres armes le morale des troupe est bon.
Les motifs en soit multiples et divers et peuvent se rattacher aux deux faits suivante:
- Les mouvements qui se sont produits sur le front n'ont paru être qu'on "ricochet" des grèves de l'intérieur
- Les résultats insuffisants de la dernière offensive.
Les causes initiales one eu pour origine les deux faits ci-dessus exploités par des meneurs, surgis d'un peu partout, sans lien apparent avec des organisations révolutionnaires de l'intérieur.
De quoi se plaignent, en général, les militaires des troupes combattantes? Vu l'état d'excitabilité extrême constatée dans la première quinzaine de Juin, on peut dire que tout ce qui parait anormal au soldat est prétexte à récriminations, parfois violentes:
- Repos de trop courte durée à l'arrière. A ce sujet, il y aurait lieu, semble-t-il, de ne pas fixer aux troupe la durée du repos. En effet, si par suite des événements les unités sont rappelées en secteur avant l'expiration du repos annoncé, il s'en suit une nervosité préjudiciable à la discipline (Ex: affaire des 23o et 133o d'Inf., premier grief des mutins de ces deux régiments).
- Haine contre les artilleurs que les fantassins accusent, non seulement de ne pas préparer le terrain d'attaque, mais aussi de leur tirer dans le dos. Les hommes ont parlé de "trahison, qu'ils avaient été sacrifiés, etc..."
- Les permissions jouent un grand rôle chez les combattants. L'homme de troupe s'intéresse aux interpellations à la Chambre des députés et ne retient que ce qui lui est favorable. L'extrait de journal ce-contre a fait, pendant quelques jours, l'objet de toutes les conversations. La réunion de Stockholm, l'inaction des Russes sont aussi l'objet de commentaires divers.
- Les hommes s'ennuient, se sentent isolés dans les baraquements. Le moral des troupe cantonnées dans les localités est d; autant meilleur que ces localités sont plus importantes.
- Dans certaines unités, le Commandant de compagnie ne s'intéresse pas assez au bien-être de ses hommes, notamment en ce qui concerne la nourriture. Il a été constaté à diverses reprises, dans quelques corps, l'absence complète d'officier pour présider aux distributions des vivres. Des hommes critiquent, le moindre morceau de viande mis à part pour une popote leur paraît supérieur en qualité et en quantité à ce qu'ils touchent.
- Certaines jeunes officiers n'ont pas assez de retenue dans leurs conversations, parlent "noce et petites femmes" devant leurs subordonnés. On a vu des lieutenants et sous-lieutenants se promener bras dessus bras dessous ou se tenant par le main avec des filles de moeurs légères. Or, les militaires sont très sensibles à la question femmes. Ceux qui observent font des réflexions dans le genre de celle entendue: "Nous, si on nous voyait avec nos femmes légitimes on nous foutrait dedans, eux, on ne leur "dit rien."
- Un jeune aspirant, s'adressant à ses hommes, leur dit en hurlant et devant un public nombreux: "Bande de cochons! Voulez-vous avancer nom de Dieu! Je vais vous botter le cul!"
- Il y a eu du laisser-aller dans certaines unités. Au cours d'exercices même, des officiers bafoués ont fermé les oreilles. Les caporaux et les jeunes sous-officiers n'ont, en général, pas d'ascendant moral sur leurs hommes une disent rien mais ils laissent faire.
- Des gradés ou soldats employés à l'arrière sont trop élégamment vêtus (gants, boittes fantaisie, col droit, etc...) ce qui a pour effect d'irriter le combattant: "pendant que les pouilleux vont se faire zigouiller au front" dit l'un d'eux.
- Les marques extérieures de respect semblent être tombées en désuétude dans bien des corps; les hommes ne saluent plus, narguent plutôt le grade qui passe.
- La note dominante, il y a encore quelques jours, était chez le soldat la suivante: "Sur la défensive tant qu'on voudra, pour l'offensive il n'y a rien à faire. Les boches ne passeront pas, noun non plus; c'est faire tuer des hommes pour rien." Cet état d'esprit semble se calmer. [my bold and italics]
- En ce qui concerne plus particulièrement la surveillance des trains de permissionnaires, il a été constaté une différence sensible entre le moral des soldats allant en permission et ceux qui en reviennent; ces derniers sont plus déprimés et manifestent une certaine indiscipline.
- La surveillance dans les gares laisse à désirer. Des énergumènes injurient les gendarmes, les employés de chemin de fer, si bien que ces derniers sont parfois dans l'impossibilité d'assurer leur service; on a vue un Commissaire militaire fermer lui-même les portières des wagons. La régulatrice de Crépy-en-Valois aurait besoin d'une surveillance spéciale et serrée. Des milliers de permissionnaires y passent chaque jour; des actes d'indiscipline et de provocation à la désobéissance y ont été constatés sans que nulle autorité soit intervenue. Dans les gares et les trains de permissionnaires, tout individu, vêtu d'un uniforme militaire peut entrer, sortir, circuler, voyager à sa guise. Il n'y a pour ainsi dire pas de contrôle.
- Il a été signalé à diverses reprises que les abords ces gares de l'Est et du Nord, à Paris, étaient infestés de racoleuses et de gens sans aveu incitant les militaires à ne pas rejoindre leur corps à l'expiration d'une permission.
- D'une manière générale, les actes les plus graves sont toujours commis par des militaires pris de boissons, ivresse provoquée par l'abus du vin soi-disant mousseux ou autre. Il est toujours facile aux hommes de se procurer du "pinard."En effect; il suffit au premier venu de se munir d'une licence de dix centimes prise chez le receveur buraliste pour lui mettre de vendre des boissons dites "hygiéniques" à emporter. A titre d'exemple: en mois de six mois, la localité de Ville-en-Tardenois a vu le nombre de ses débits passer de 6 à 25 pour une population civile de 470 habitants, y compris les enfants.
- Il a été remarquer que des soldats de toutes classes et même des civils ayant bon moral arrivant toujours à convaincre, au cours de causeries non préparées, leur camarades de l'intérêtequ'il [sic] y avait à tenir et combattre jusqu'au bout. Un soldat d'infanterie, combattant, tenait le discours suivant à ses camarades de voyage dans un train de permissionnaires: "Je suis un syndicaliste militant du Hâvre. Avant la guerre j'ai combattu contre la guerre des toutes mes forces. Cette guerre l'Allemagne nous l'a imposée. Eh bien! il faut aller jusqu'au bout, il ne faut pas que nos enfants voient à l'avenir une horreur pareille, qu'au moins elle (la guerre) ait servi a quelque chose."
- Enfin il a été remarqué que les cas d'indiscipline les plus fréquents se produisaient surtout chez les jeunes classes.
- L'état d'esprit et le morale des troupes s'améliore graduellement de jour en jour. L'ivresse est l'un des fléaux à combattre avec le plus d'énergie.
Le COMMISSAIRE SPECIAL
Chef de Service:
[signature illisible]
[a handwritten note follows:]
Le rapport ci-dissous a [illisible] aux événements qui se sont produits dans le courant du mois de juin. Une amelioration sensible a été déjà constatée dans l'état d'esprit et le morale de la troupe. La tenue des permissionnaires dans les trains devenue meilleure. Une surveillance plus sévère s'cause mécontentement à la gare de Crépy-en-Valois, et les abords de la guerre de l'Est semblant avoir été [illisible].
[illisible]... le 10 Juillet 1917
L'officier du SR
[signature illisible]